Module Vers une démocratie écologique ?

Christian Ansperger,

Eric Vindimian,

La place de l’expert dans la décision

Décider c’est choisir, et choisir c’est quand on ne sait pas ! Ainsi le décideur est-il une personne en situation de responsabilité qui doit effectuer des choix dans un univers incertain. Il ne sait pas si les acheteurs adopteront le nouveau produit pour lequel il va investir ; il ignore si le public va aimer le spectacle pour lequel il recrute des artistes ; il se demande s’il veut vraiment des enfants ; il sait qu’un risque est probable, mais pas certain. L’expert, lui, sait, enfin, devrait savoir, c’est bien là que le bât blesse ! On demande au scientifique de « dire la vérité », de fournir les éléments pour le décideur : « Ce produit est-il toxique pour l’homme ? » ; « Cette zone est-elle inondable ? » ; « La Terre va-t-elle trembler ? » Comment répondre quand le savoir est limité, quand on manque d’informations, d’études, de recherches, ou tout simplement quand on ne peut pas savoir. L’essentiel de notre savoir sur les risques passe par des probabilités, comment communiquer au décideur de tel éléments ? Comment lui dire qu’on n’est pas certain qu’une catastrophe se produira, ni où, ni quand, mais qu’en certains lieux elle est plus probable qu’ailleurs.

Une décision est évidemment un acte éminemment politique, contrôlé par un système démocratique pour la décision publique. Ce n’est pas le cas de l’expertise qui reste une activité scientifique et donc s’appuie sur d’autres règles telles que l’indépendance, l’évaluation par les pairs, la transparence et la possibilité de réfutation. Aujourd’hui, la décision est de plus en plus souvent accompagnée d’une phase de concertation qui peut prendre plusieurs formes. Cela complique d’autant le jeu car parfois la différence entre expert professionnel, expert dépendant d’une partie prenante et expert bénévole est ténue. La concertation, quand elle est bien menée, permet surtout d’ouvrir le jeu des possibles, de poser des questions que les experts n’auraient pas posées, d’intégrer la question des risques et celle des bénéfices dans une vision globale, de poser la question du territoire concerné par ces risques et ces bénéfices.

Dans le champ de l’environnement et de la santé l’expertise est en crise. L’actualité le démontre assez bien : des sismologues italiens ont été condamnés à la prison pour n’avoir pas anticipé l’imminence d’un tremblement de Terre ; un chercheur défraie la chronique et s’attire les foudres des académiciens et des experts officiels en annonçant un risque de cancer lié à la consommation de maïs transgénique ; des pesticides autorisés ont été retirés du marché suite à la mise en évidence de risques pour les abeilles ; des malades et leurs familles tentent d’obtenir réparation pour avoir été intoxiqués par l’amiante ou le médiator… Les pouvoirs publics ne sont pas restés inactifs. Des agences sanitaires ont été créées. Une nouvelle agence de la biodiversité est en cours de mise en place. Le GIEC pour ce qui concerne le climat et le tout jeune IPBES pour la biodiversité éclairent les décideurs au niveau planétaire. Une loi sur les lanceurs d’alerte a été déposée au parlement. Mais tout n’a pas été résolu. Le principe de précaution est constamment attaqué, on lui reproche de s’opposer au progrès lui-même inféodé à la prise de risque.

La place de l’expert dans la décision est donc une question très contemporaine qui ouvre un grand nombre de réflexions sous-jacentes :

  • Qu’est-ce qu’un expert, quelles sont ses valeurs, quel savoir met-il en œuvre ?
  • La collégialité est-elle une nécessité, consolide-t-elle l’expertise ?
  • Comment placer les experts dans des processus transdisciplinaires ?
  • Comment garantir l’indépendance des experts ?
  • Quelle déontologie pour ceux qui éclairent les décideurs ?
  • Comment réserver une place à ceux qui ne pensent pas comme la majorité ?
  • Comment tirer des éléments pour la décision de la nécessaire controverse ?
  • Quel rôle pour l’expert dans les processus de concertation ?
  • Et bien d’autres encore…

L’auteur ne prétend qu’introduire le sujet, le regroupement des intelligences fera le reste et construira une vision, une réflexion élaborée, une expertise en quelque sorte !

Emilie Hache, Maître de Conférences à l’Université de Paris X-Nanterre

Principe Responsabilité versus Principe Espérance ? Une lecture à rebrousse poil

Le Principe Responsabilité de Jonas considéré à raison comme un des grands textes de philosophie de l’écologie, doit son titre au livre de Bloch, le Principe Espérance, qu’il s’est donné explicitement pour tâche de réfuter. Le succès du premier a depuis éclipsé celui contre lequel il s’est écrit, et l’opposition entre ces deux grands textes de philosophie du 20ème siècle n’a quasiment jamais été remise en question*. Pourtant, il y a tout lieu de croire, à relire ces textes aujourd’hui, dans un contexte politique différent, que les rapports entre les thèses avancées par Jonas et Bloch sont plus complexes qu’une simple opposition. Je proposerais donc de mettre à l’épreuve dans cet article l’hypothèse formulée par Michaël Löwy selon laquelle le Principe Espérance tel que Bloch le formule et le Principe Responsabilité de Jonas, « loin d’être contradictoires (…) sont étroitement liés, inséparables, mutuellement dépendants, dialectiquement complémentaires ».

Malo Depincé, Maître de conférences à l’Université Montpellier 1

Le principe de précaution

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